Jean-Claude Gandon, président régional du groupement des aquaculteurs en eau douce

12h45 - 12 avril 2012
Jean-Claude Gandon, président régional du groupement des aquaculteurs en eau douce

Installé à Montjean depuis 12 ans, Jean-Claude Gandon, pisciculteur professionnel en eau douce, a subi de graves pertes dûes à la prolifération des grands cormorans. Il envisage de se retourner contre l'Etat.

● Pourquoi envisagez-vous une action en justice ?
Les pisciculteurs, les propriétaires d’étangs et les pêcheurs sont excédés à cause du grand cormoran, un oiseau protégé. La saison des vidanges et des pêches d’étang est courte. Elle coïncide avec l’arrivée massive de ces oiseaux hivernants. Cet hiver, j’ai perdu une tonne de poissons dans un bassin de grandissement. Pour installer des volières sur les six bassins cela me coûtera 12 000 euros.

● Vous avez été autorisé à tirer sur les cormorans ?
Les moyens mis en oeuvre par les administrations sont dérisoires. Ce ne sont pas les quelques oiseaux que l’on nous autorise à tirer qui règlent le problème. Il nous en arrive davantage chaque année. En plus, les quotas varient d'un département à l'autre. En Mayenne, nous avons droit à 250 cormorans contre 1 200 en Vendée et en Loire-Atlantique, alors que nous sommes le département où il y a le plus d'étangs de pêche des Pays-de-la-Loire. Ces quotas ont été établis à partir de comptages effectués par Mayenne nature environnement (MNE).

● Cela ne suffit pas ?
Même si le fusil reste le seul moyen de lui faire peur, le cormoran est un oiseau très intelligent qui a une très grande capacité d’adaptation. On peut le voir de près à la base de loisirs de la Rincerie.  Ils testent, tournent autour de vous, se perchent dans les arbres et lorsque vous repartez, ils reviennent.

● Que souhaitez-vous face à ce constat ?
Que la réglementation nous permette d'agir sur la nidification. Les autorisations de tir existent depuis 1992 et les textes européens prévoient que l'on puisse prolonger cette période jusqu'au 30 juin? Mais il faut une autorisation préfectorale. Le lobby de défense des oiseaux est très important. Pourtant, tout le monde s’accorde sur l’impact réel des cormorans comme le montre un rapport paru en 2010 de Mme Bobbe, ethnologue au CNRS. Seules quelques études en Allemagne, Autriche, Slovénie ont montré l’impact négatif de ces oiseaux sur certaines espèces piscicoles patrimoniales comme l’anguille, le saumon, la truite ou encore l’ombre.

● Qu'est-ce qui freine cette demande ?
Les groupes de pilotage pour empêcher leur prolifération nuisible pour la faune piscicole n’avancent pas. On pense protection mais pas régulation. On nous dit qu’ils ne se reproduisent pas en Mayenne j’ai de gros doutes. Il y a 40 ans, ils n’existaient pas en Mayenne. Aujourd'hui on a identifié un premier site de nidification sur le lac de Grand-Lieu au sud ouest de Nantes. Cet oiseau est présent toute l’année, même si l’hiver reste la période la plus sensible. Il fait aussi son nid à proximité de celui du héron cendré, un animal totalement protégé, ce qui nous empêche d'agir. Sans compter les dégâts sur les arbres vitrifiés par les fientes.

● Et en attendant cette évolution de la réglementation ?  
Certains d’entre nous ont décidé d’attaquer l’Etat en justice pour obtenir des dédommagements concernant les pertes subies chaque année. Ces démarches font suite à une jurisprudence issue d’un arrêt de la cour administrative d’appel de Lyon en janvier 2011. L’Etat a été condamné sur le fondement de la responsabilité sans faute, et plus exactement sur la rupture d’égalité devant les charges publiques, du fait du préjudice d’exploitation causé par les cormorans. L’Etat doit indemniser le pisciculteur propriétaire d’étang dans l'Yonne à hauteur de 50% du préjudice d’exploitations sur les quatre dernières années.

 

Mots clés : cormorans,

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