Blaise Zago, président du tribunal de commerce : « un bon accord vaut mieux
qu'un mauvais procès »

Blaise Zago, président du Tribunal de commerce de Laval.
Aux premiers jours de 2010, Blaise Zago tire un bilan sur l'année écoulée. « Pas catastrophique, mais attention », précise le magistrat. Une reprise ne ferait pas de mal... une meilleure considération du travail du tribunal aussi.
lOn observe une baisse du nombre d'immatriculations au registre de commerce en 2009...
Oh que oui. La faute à qui ? A l'auto entreprise. C'est un statut simple et allégé qui permet de créer facilement un emploi. La création d'auto entreprises ne nécessite pas une immatriculation, d'où la baisse du chiffre. J'y vois trois inconvénients. La question que je me pose, c'est ''quid'' de ces sociétés à l'avenir ? Elles n'ont pas à rendre de comptes et nous découvrons beaucoup trop tard leurs difficultés, lorsqu'elles arrivent devant le tribunal de commerce. Il nous est impossible d'avoir une analyse d'approche, de faire de la prévention. Autre souci : la sous capitalisation. Une entreprise à un euro (un auto-entrepreneur peut même créer sa boîte à moins d'un euro), c'est anti-économique. Une entreprise a besoin de moyens. Son principal problème, en cas de déclin, vient de la trésorerie. L'effet est immédiat : cela rend la société dépendante des banques, qui ouvrent ou ferment les robinets. C'est comme un ménage : il faut un budget. Pourquoi penser « avec rien, j'achète tout ? » C'est illogique. Dernier problème, c'est que l'auto-entreprise permet en quelque sorte de légaliser le travail au noir. Qui nous dit que les auto-patrons jouent le jeu et ne travaillent pas légalement jusqu'au plafond imposé, et font le reste au black ? Une fois de plus nous n'avons aucun contrôle.
l La crise est passée par là. Si la situation stagne en 2010, comment le voyez vous ?
Pas très bien. Cette année il y a eu plus de dépôt des bilans (46%), mais qui concernent moins de salariés qu'avant. Pourquoi ? Parce que les entreprises qui ferment sont les très petites entreprises, les commerces de proximité notamment. Les petites et moyennes entreprises ont assez bien résisté. Les dispositifs mis en place ont été utilisés à bon escient : chômage partiel, médiation, étalement des créances... En même temps, les carnets de commande ont baissé de 30 à 40%. Il ne faut pas que ça reste ainsi. Si ça ne regonfle pas, on peut être inquiet. Je n'aime pas entendre « le pire est derrière nous ». On n'en sait rien. Si la croissance et la consommation ne redémarrent pas, ça ne risque pas de redécoller.
l Les chefs d'entreprises sont il devenus plus prudents avec la crise ?
La crise va avoir un avantage : on revient vers les basiques. Pas d'investissement sans moyens, ne pas créer si pas de budget, être transparent... Tout ça se gère, il nous faut être rigoureux, surveillant. Une bonne chose de la crise : les entreprises en sortiront consolidées. Cette même crise va aussi purger les sociétés qui ne respectent pas les règles du jeu, elle va élaguer et le tribunal de commerce doit avoir un rôle de gare de triage.
l Comment le tribunal peut il jouer ce rôle ?
Aujourd'hui on ne se sert pas assez du tribunal de commerce. Un dirigeant défaillant n'est pas forcément un coupable désigné. Le tribunal donne une chance, à la condition que les difficultés ne soient pas liées à des affaires frauduleuses. (Ndlr : le tribunal a suspendu quatre patrons en 2009). Grâce à la loi, un entrepreneur peut continuer à diriger, le tribunal peut l'y aider. C'est dans ce sens que nous souhaitons orienter les actions du tribunal. Un bon accord vaut mieux qu'un mauvais procès ! Tout ça sera acquis le jour où les gens pousseront naturellement la porte du tribunal, sans que ce mot ne fasse froid dans le dos.
l Sujet qui fâche... vos locaux ne seront pas déménagés ?
La première pierre du nouveau tribunal a été posée en 2006. Depuis elle a été enterrée. Il n'y a pas eu d'aboutissement sous d'Aubert, et Garot n'a pas souhaité porter le projet. Il y a tout juste un an, une commission de sécurité est passée dans nos locaux. Son rapport est sans appel : ce n'est pas aux normes. En cas d'incendie, nous sommes très mal. La mairie est notre bailleur, mais elle ne bouge pas. J'aimerais qu'on me dise quelque chose, même « n'y compte pas ! » Il serait regrettable d'en arriver à des extrémités. Nous n'avons pas envie d'engager un bras de fer, mais s'il faut lancer des actions spectaculaires... nous le ferons. Ce n'est pas un caprice, mince... c'est une question de sécurité ! Le conseil des Prud'hommes connaît le même problème, et nous sommes solidaires. Il faut faire d'une pierre deux coups. En plus, j'ai entendu pas plus tard que lundi que la mairie attendait une réponse de la chancellerie pour un achat éventuel du terrain initialement prévu pour le tribunal. Qu'on arrête de se moquer du monde. C'est un satané espace vert de prévu ou pas ? Nous sommes des bénévoles et accomplissons un service public. Qu'on ait au moins le sentiment que notre action soit reconnue. Il est temps de jeter un pavé dans la marre.
Propos recueillis par
Julien Moreau
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